Blog citoyen de CAP Action Solidarité, actif sur Clohars Carnoet et la Cocopaq, sur le développement durable et solidaire, la culture, la vie associative et politique
Nous entamons sur ce blog une série que nous espérons, avec la participation de nos lecteurs, longue et riche, sur des faits historiques qui ont marqué l'histoire de la Bretagne.
Mettant en valeur des hommes ou des femmes, connus ou inconnus.
Avec une petite préférence pour des mouvements de révolte, mais pas seulement, ....
Merci à nos lecteurs de compléter les histoires et de corriger les erreurs involontaires qui pourraient se faufiler dans les récits.
Le nom de « Penn Sardin » (« Tête de sardine ») est le nom donnée à la coiffe, obligatoire, en forme de tête de sardine que devaient porter les ouvrières des conserveries de sardine.
Ce n'était pas du folklore mais une tenue « hygiénique » permettant de ramasser les cheveux.
C'est, par extension, le nom donné aux ouvrières de ces conserveries, dont le travail consistait à vider et étêter les sardines fraiches apportées par les pêcheurs.
Depuis l'invention par Nicolas Appert en 1810 du procédé de la conserve, les friteries ou conserveries ont poussé comme des champignons sur la côte bretonne. Plus de 90 entreprises traitant la pêche de 3800 bateaux occupent le territoire breton au début du XXIème siècle et emploient 25 000 personnes : commises, ouvrières, contremaitres, soudeurs-boîtiers, manutentionnaires, chauffeurs et .... « Penn sardin ».
Les "Penn Sardin", venues des communes rurales alentour, sont embauchées pour la saison et ne travaillent que de mai à novembre, la saison de la sardine.
Elles font des horaires éprouvants, liés à l'importance des tonnages de poisson, en moyenne 72 h par semaine (la seule obligation légale est de ne pas dépasser ces horaires dans la semaine !). Il leur arrive d'enchainer 48 h d'affilée.
Elles sont payées « à la pièce » et non pas à l'heure car la plupart des patrons de l'époque pensent que le paiement à l'heure est une prime à la paresse et à l'oisiveté.
Une « Penn sardin » gagne en moyenne 25 à 30 sous pour 18 heures de travail, ce qui lui permet de se payer trois des boites qu'elle est en train de remplir.
Leur cadence de travail est rythmée par l'arrivée des bateaux et par la cloche qui retentit dans l'usine et les appelle au travail.
Entre-temps, assisses en petit groupe, elles rient, parlent, chantent. Un certain nombre de chansons et de danses viennent de cette époque.
La sardine est capricieuse. Après des années de pêches miraculeuses, brusquement, en 1902-1903, la sardine déserte les côtes bretonnes.
Cela va durer sept ans.
Dans une économie imbriquée où le père, les oncles, les frères sont en mer et les mères et les filles sont à l'usine, la famine va toucher la plupart des familles bretonnes de la côte.
Bien sur, pas question de chômage partiel et la dernière solution, humiliante, est de s'inscrire à l'inscription Maritime comme indigent.
Puis la sardine revient mais ce n'est plus comme avant. Les tonnages ne sont plus les mêmes, la concurrence fait rage, notamment avec la sardine portugaise. Le « progrès » en marche fait le malheur de la profession avec l'automatisation croissante des tâches.
Par ailleurs les conditions de travail, les horaires, la montée du parti communiste après la révolution d'Octobre, vont peu à peu faire monter un esprit de classe ouvrière chez les « Penn Sardin ».
Une syndicaliste, Lucie Colliard, se souvient :
« ... Il faut être debout, toujours debout. La sardine est versée sur les tables ; les femmes la rangent la tête en bas dans des petits paniers en fil de fer qui seront trempés dans l'huile bouillante. Puis le poisson sera rangé et serré dans des boîtes qui seront remplies d'huile et soudées à la machine.
Le sol est de terre battue et comme il pleut beaucoup à Douarnenez, les sabots mouillés détrempent le sol , ce qui produit une boue épaisse qu'il faut remplir sans cesse. Et il se dégage de cette marée et de cette huile une odeur complexe qui vous écœure.
On en sort avec la migraine,..."
Et pourtant elles chantent, pour tromper leur fatigue et parfois leur sommeil.
(A suivre)